Une Norma au firmament (Théâtre du Capitole, 27/09/2019)

Résultat de recherche d'images pour "Norma toulouse"De retour du Capitole, encore sous l’émotion de cette soirée inaugurale de ma saison lyrique… Norma est bien le chef d’œuvre emblématique du Bel Canto, le « Grand Œuvre » de Bellini, mais cet ouvrage est d’une difficulté énorme. La finesse de la partition et des mélodies peut rapidement devenir fanfare de village et perdre tout sens… Ce soir ce fut une pure merveille. Pourtant, la soirée a mal commencé: annonce de C. Ghristi: un chanteur est actuellement souffrant, nous faisons tout pour que tout s’arrange, mais le spectacle aura un peut de retard… Grosse question: qui est souffrant et est ce vocal ou physique… 5 minutes plus tard, nous apprenons que c’est Klara Kolonits qui est souffrante, mais elle va chanté quand même, le problème est manifestement physique puisqu’elle ne pourra peut-être pas faire tous les mouvements prévus par la mise en scène…

Justement la mise en scène d’Anne Delbée, femme de théâtre est, pour le coup, superbe. Les décors très simples mais efficaces recentre tout sur les chanteurs avec beaucoup de petits mouvements qui en disent long, un regard, une caresse, un poignard qui tombe, un mouvement d’épaule. On sent les chanteurs à la fois très guidés et très à l’aise avec cette mise en scène et ça fonctionne parfaitement. Sans vouloir spoiler ceux qui vont y aller la semaine prochaine, c’est à la fois moderne et classique. A l’image de l’œuvre bellinienne. Les décors nous projettent en « forêt » (grands drapés blanc avec des branches noires dessus). Les costumes assez intemporels, tout en drapés, blanc pour Adalgisa et Norma à la toute fin, noir pour Norma. Pollione est en armure avec une sorte de scorpion dessus… On y est et on y croit. L’intervention d’un nouveau personnage qui déclame des vers de Rimbaud durant certains passages orchestraux est intéressant, les vers choisis permettent de mettre en avant une lecture de l’œuvre légèrement différente, comme si le destin était scellé avant même l’entrée de Norma.Résultat de recherche d'images pour "norma capitole toulouse"

L’orchestre est dirigé d’une main de maître par Giampaolo Bisanti. Là encore, il a fait un magnifique travail sur les couleurs de l’orchestre (notamment des cordes et des bois), le legato est splendide. Il soutient les chanteurs admirablement et les ensembles (duetti et trio tellement importants) sont magistraux. Les chœurs pour ce premier opéras montrent qu’ils sont toujours aussi bons et précis. On comprend tout, même dans les forte.

Pour les chanteurs, il faut noter la très belle Clothilde d’Andreea Soare (déjà entendue l’année dernière lors d’un très intéressant midi du Capitole l’année dernière). L’Ovorese de Julien Véronèse est convaincu et intéressant. Il lui manquait ce soir un peu de puissance dans l’extrême grave du registre lors de son premier air. Mais son émotion dans le final rachète largement ce tout petit manque. Pour le trio de tête, difficile de savoir par qui commencer tellement ils étaient en phase: même soucis de l’émotion, du maintient du legato, l’importance des variations, des changements de puissance, la beauté des mezza-voce comme des forte.

Karine Deshayes retrouve Adalgisa qu’elle a déjà chanté plusieurs fois, elle maitrise ce rôle à la perfection, rend toutes les émotions, à la fois empathique mais sure de ses décision. Elle ne chancèle jamais. La voix est magnifiquement menée, la palette des couleurs et des nuances déployées ce soir furent exceptionnelles. Le triomphe qu’elle a récolté était vraiment mérité. Les duetti avec Norma furent évidemment des moment clé d’une splendeur absolue, sa scène avec Pollione fut également magnifié par un engagement de chaque instants.

Airam Hernandez (déjà entendu dans la Traviata Imagel’année dernière, où il était bien, sans être exceptionnel) était Pollione, le rôle du goujat qui passe de femme en femme, mais il arrive a en faire autre chose. L’écriture de Bellini et Pollione vont parfaitement à sa voix. On le sent très à l’aise sur l’ensemble de la tessiture. Là encore, les intentions sont splendides. La voix est magnifique du grave aux aiguës. Ma seule réserve a été l’absence de reprise dans sa cabalette (mais qui ne doit pas être de son fait), enfin il a fait la reprise avec variation sans faire le premier couplet… Etonnant, mais détonnant car les variations étaient très bien menées.

L’image contient peut-être : 1 personne, nuitReste la Norma de Klara Kolonits, elle aussi, un sommet d’émotion d’un bout à l’autre de l’ouvrage, dès le « Casta Diva » mystiquement chanté, on sent qu’on assiste à quelque chose de grand. Elle nous fait trembler dans le trio clôturant le 1er acte, pleurer dans un « qual cor tradisti » tout en demi teinte, un « son io » et une prière à son père tout aussi formidables. Elle croit vraiment échapper à son destin et quand elle comprend que c’est fini, on pleure avec elle. La noblesse du geste (et pourtant elle souffrait le martyr), l’intensité du regard, et une palette de couleurs rarement entendues. La voix possède un timbre assez particulier et unique, les piani sont somptueux, les vocalises parfaitement huilées (les descentes chromatiques comme les trilles). Les deux duetti avec Adalgisa sont vraiment magnifiques par l’harmonie qui se dégage de ces deux voix. Le final de l’acte I avec ses contre-notes parfaitement assumées est donné avec toute la violence requise.

Honnêtement, si vous pouvez allez vivre la tragédie de Norma, servie comme cela, on ne peut qu’y adhérer!!!

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