Cavalleria Rusticana / Pagliacci (Théatre du Capitole – 21/03/2014) : un doublet quasi-gagnant…

Fin de l'air des oiseaux de NeddaCavalleria Santuzza et Mama LuciaEt oui, l’annonce que tous les amateurs d’opéras redoutent est arrivée : Mme Bocharova est souffrante, mais elle a quand même accepté de chanter pour permettre la représentation… ouf… La soirée a donc pu débuter avec l’œuvre de Mascagni.

Le décor de Yannis Kokkos nous place sur une place d’un village méditerranéen (Italien, Sicilien, …) avec en fond le clocher d’un autre village, d’un coté le mur de l’église, de l’autre une rampe d’escalier. Il était très intéressant d’avoir un seul lieu et un même jour (avec les deux processions de la Vierge) pour ces deux œuvres, bien souvent associées à la scène comme au disque. Une unité à la fois sur scène Duo de Santuzza et Turidducomme dans la fosse. Les séparer de 40/50 ans (avec les costumes et quelques éléments de décor qui évoluent (les arbres plus hauts, le mur décoré d’une pin-up, l’électricité…) était également intéressant avec au final une condition de la femme somme toute bien semblable malgré les ans. Ce décor, associé aux très beaux éclairages de P. Trottier, permettait également les grands mouvements de foules demandés par la partition car dans ces deux œuvres, on peut considérer que le chœur est un rôle à part entière de part son implication dans la majorité des scènes. Il fut ce soir une nouvelle fois extrêmement bien en place et convainquant scéniquement comme vocalement, finalement, c’est une constante au Capitole dont on ne saisit pas toujours la chance en tant que spectateur !

Duo Santuzza (Elena Bocharova) / Alfio (André Heyboer)Deuxième grand acteur de cette soirée, l’orchestre avec à sa tête Tugan Sokhiev qui a permis aux deux mélodrames de s’épanouir au son des cordes qui furent ce soir d’une grande beauté et des deux harpes de l’orchestre qui furent également très sollicitées (comme pour la sérénade de Turiddu) et magnifiques. La tension dramatique qu’il a su insufflé à l’orchestre fut exceptionnelle, parfois un peu forte, mais avec des moments beaucoup plus intimistes (l’intermezzo de Cavalleria, l’air des oiseaux de Nedda,…). Une excellente soirée donc pour l’orchestre.

La confrontation Alfio (André Heyboer) / Turiddu (Nikolai Schukoff)Concernant les chanteurs, la première équipe (celle de Cavalleria rusticana) était de grande qualité. En effet, les deux interprètes masculins Alfio (André Heyboer) et Turiddu (Nikolai Schukoff) furent sans reproches, le premier, très beau baryton, violent à souhait dans son duo avec Santuzza puis avec Turiddu et le second, ténor lyrico-spinto magnifique, excellent dans sa sérénade à Lola, magnifique dans son duo avec Santuzza, et ensuite grandiose dans son « Mama, Quel vino é generoso » où il a pu déployer toute sa sensibilité. En face, trois mezzo-sopranos, une Lola de bonne facture en Sarah Jouffroy et une Mama Lucia idéale (Elena Zilio) dont chacune des phrases étaient parfaitement interprétées. Reste la Santuzza d’Elena Bocharova, malade. Force est de constater que je n’ai pas spécialement était emporté par sa voix, étant malade cela ne m’a pas gêné, mais par son interprétation non plus. Ceci dit, lorsque les chanteurs sont malades, certains vont compenser par l’interprétation, d’autres se concentrer sur le chant, pour ce soir, je pense qu’elle s’est concentrée sur le chant, elle s’est économisée au maximum dans les ensembles pour se réserver pour les deux duos avec Turiddu et Alfio. Peut-être une question de goût, j’aurai préféré une voix moins puissante (ou criante dans les fortes) plus haute dans les harmoniques, une soprano en fait… Mais elle a sauvé ce Cavalleria, et le public l’en a bien remerciée (tout comme moi…).

Entrée de la troupe de théatreune Nedda (Tamar Iveri) qui ne manque pas de charmeLa deuxième équipe, celle de Pagliacci de Leoncavallo… alors pour le coup, la distribution était plus homogène et fut énormément applaudi par les Toulousains (moi y compris) ce fut vraiment le must de la soirée. Pour commencer, l’excellentissime Tonio de Sergey Murzaev, un abatage impressionnant lors du prologue et tout aussi excellent durant tout le reste de l’ouvrage. Mario Cassi fut un Silvio amoureux, attentif à sa partenaire, une très belle voix. Le Beppe de Mikeldi Atxalandabaso a chanté une très belle sérénade d’Arlequin. Bien sur dans Paillasse, tout le monde attend Canio… et son « Vesti la giubba », Badri Maisuradze fut excellent, d’une Nedda (Tamar Iveri) et Silvio (Mario Cassi)Colombine/Nedda (Tamar Iveri) face à un Paillasse/Canio (Badri Maisuradze) des plus agressif...violence inouïe, si le vibrato au début et à la fin de l’opéras fut un peu envahissant, durant son grand air, il l’a parfaitement maitrisé et à su faire vivre son personnage, beau triomphe… Mais pour moi la triomphatrice de la soirée fut la soprano Tamar Iveri en Nedda… je l’avais déjà entendue et appréciée dans Don Carlo l’année dernière (https://carayonk.wordpress.com/2013/06/30/don-carlo-de-verdi-au-theatre-du-capitole-28062013-une-fin-de-saison-en-apotheose/), ce soir, elle fut enthousiasmante : un jeu parfait, d’une très grande finesse et plein d’intelligence, jusqu’au léger tremblement des mains et des lèvres Nedda (Tamar Iveri) et Tonio (Sergey Murzaev) durant la scene jouée devant les villageoislorsque Canio la menace et une voix superbe, jamais forcée, tout en nuance, j’ai vraiment adoré. Elle eu le moment de grâce de cette soirée avec un air des oiseaux intimiste, plein de charme, de légèreté et d’espoir. Son duo avec Silvio était également à tomber (plein de sensualité et d’amour). Mais ensuite dans la scène de colombine, elle sut être drôle au début, puis dès qu’elle eut compris qu’elle allait sûrement mourir, dramatique à souhait.

Vraiment une très bonne soirée avec un Pagliacci à ne pas manquer (pour Nedda) et un Turiddu excellent!!!