Il turco « à la fête » in Italia !!! (Théâtre du Capitole, le 22/11/2016)

la-rencontre-selim-fiorillaDe retour de ma place favorite, je suis encore sur mon petit nuage, car il faut le dire, ce soir, Rossini fut fêté dignement dans la ville rose ! La mise en scène d’E. Sagi est transposée dans l’Italie napolitaine de 1950/60… même si je ne suis pas fan, je commence à m’y faire, et surtout elle ne gène en rien la lisibilité de l’action, ce qui aurait été dommage pour Rossini et encore mieux, pas de nudité intempestive, cela faisait longtemps! Seul le Tramway qui faisait retentir sa sonnette au début de plusieurs airs et ensembles du 1er acte m’a déplut (le bruit parasite, pas l’idée). Les costumes et les lumières forment avec la mise en scène un ensemble cohérent qui ne gène, ni ne finale-de-lacte-idessert les chanteurs. L’avantage de ce décor unique bien pensé (immeuble contenant l’appartement de Don Geronio, avec une Pizzeria / Café au rez-de-chaussée), c’est une très grande fluidité dans l’enchainement des ensembles, les éléments de décorations étant ajoutés silencieusement durant les airs et ensembles. Chacun à un rôle, c’est une rue / place qui vit au rythme de la journée (s’éveille durant l’ouverture, jusqu’au soir du bal masqué et au dénouement final). Il est plutôt bien en accord avec une majorité des didascalies, de ce point de vu, c’est une vraie réussite.

selim-et-don-geronioL’une des autres grandes réussites vient de la fosse. En effet, A. Cremonesi (bien connu à Toulouse) a dirigé cet opéra d’une main de maître, à la fois enthousiaste, dynamique (superbes ensembles clôturant les deux actes) et tendre quand il le fallait. Tous les pupitres furent exceptionnels avec des solos magnifiques des vents (cor, hautbois, flute et trompette) et une très belle enveloppe des cordes. Il soutient et suit admirablement le plateau. Les ensembles et les accélérations typiquement rossiniennes sont superbes et précis, j’ai adoré ! Une nouvelle fois, les chœurs, ou chacun quasiment joue un personnage différent et s’amuse, sont à la hauteur du challenge rossinien.

NarcisoCoté vocal, c’est une partition, on le sait, particulièrement ardue, puisque chaque personnage se retrouve avec des airs techniquement difficiles, le seul rôle sans air, c’est celui de Zaida tenu par Franziska Gottwald, qui n’a pas démérité sans pour autant avoir vraiment l’occasion de briller, ni de pleinement convaincre. Le jeune ténor Anton Rositskiy en Albazar impressionne dans son unique air. Mais au niveau du timbre et des couleurs, il y a une différence notable avec l’autre ténor de la soirée : Yijie Shi en Narciso (Fernand stupéfiant au coté de L. Tezier en 2014, cf: https://carayonk.wordpress.com/2014/02/20/une-favorite-eblouie-par-deux-soleils-19022014-theatre-du-capitole/). En effet, il m’a une nouvelle fois conquis dans le difficile et unique air Tu secunda il mio disegno avec une voix puissante, agile avec des aiguës lumineux (Non v’è final superbe) et toujours cette expressivité, très beau succès. Le baryton ZhengZhong Zhou interprète un fiorilla-et-don-geroniopoète tout simplement idéal de drôlerie, ni trop, ni pas assez pour ce personnage oh combien important pour l’action. J’attendais avec impatience l’entrée de Fiorilla (Prise de rôle de Sabina Puértolas), force est de constater que je n’ai pas été pleinement convaincu par son air d’entrée (Non si da follia maggiore), peut-être le trac, car la voix semblait peu assurée. Il faut dire que ma référence reste ceux de Callas (le live de 1950 et le studio de 1955)… Elle fut plus convaincante par la suite (belle dispute avec Don Geronio Per piacere alla signora) et surtout un très beau monologue final avec des vocalises et des aiguës plus assurés qui lui ont valut également des applaudissements nourris. Don Geronio était interprété par le vétéran Alessandro Corbelli, si la voix n’a plus l’autorité d’antan, la technique, le vis comica et sa maîtrise du rôle emporte tout, le personnage n’en est que plus humain et pendant le bal on compatit vraiment avec lui. Enfin le Selim de Pietro Spagnoli (Mustapha l’année dernière, cf https://carayonk.wordpress.com/2016/05/28/une-italienne-a-alger-exceptionnelle-pour-adultes-ou-alors-a-ecouter-les-yeux-fermes-representation-du-27052016/), difficile de ne final-de-lacte-iipas être en admiration devant cette grande voix magnifiquement menée (projection, couleur, beauté du timbre) avec une finesse dans l’interprétation qui force le respect devant un tel interprète. Le duo avec Don Geronio débutant l’acte II reste un des moments forts de la soirée : précision des échanges, attaques et jeu toujours justes et vélocité purement rossinienne totalement assurée et assumée par les deux artistes… un vrai bonheur. C’est à partir de ce moment là que la soirée a véritablement décollé.

Un excellent spectacle à voir et à apprécier !

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Une Italienne à Alger exceptionnelle pour adultes ou alors à écouter les yeux fermés… (Représentation du 27/05/2016)

Italienne Alger lindoro et mustafaDe retour de ma loge favorite, voici un petit compte-rendu concernant la représentation d’hier soir au Théâtre du Capitole de l’Italienne à Alger de G. Rossini. Disons le d’emblée, je ne suis pas souvent fan des mises en scènes qui se veulent modernes ou transposées pour se dire modernes… et bien pour le coup, j’ai été servi puisque L. Scozzi a joué la double voire triple transposition… 1ère transposition : on est au XXème siècle chez un trafiquant d’arme ou de drogue (ou les deux). 2ème et 3ème transposition : la mise en scène met l’accent sur la domination homme/femme sur 2 niveaux : tout d’abord la domination de Mustafa sur la gent féminine qui permet d’avoir un défilé de filles en micro tenues et même d’avoir un striptease intégral (oui oui INTÉGRAL… ce que je trouve totalement inadmissible puisque des enfants peuvent être dans la salle, c’est quand même un opéras Italienne Alger entrée d'isabellabouffe…) et un grand gode doré qui montrent une vulgarité certes pourquoi pas justifiée par ce pouvoir de domination, mais bon, est-on obligé d’aller jusqu’à la nudité totale (bien sur, les photos choisies restent soft)… je ne le pense pas. Et en plus pour ajouter à ce rapport de domination Homme/Femme, autre idée : un couple de danseurs (excellents au demeurant) qui jouent aux sado-masos durant tout le spectacle. En soit, cette idée serait très bien s’ils n’apparaissaient pas à des moments clé musicaux de l’ouvrage comme lors des 2 finals, car si leur numéro au niveau danse est magnifique, le bruit qu’ils génèrent l’est moins, notamment lors du final de l’acte I où ils entament une course-poursuite autours des chanteurs et avec les talons, ce n’est vraiment pas top. Au niveau des décors, cette scène qui tourne et qui représente l’ensemble de l’appartement de Mustafa est une belle trouvaille car elle permet une continuité dans l’espace et dans le temps très appréciable… également un petit bémol au sujet des rouages pas forcément super bien huilés qui ont fait pas mal de bruit durant les parties chantés. Ceci étant dit, le reste du temps, cette mise en scène nous permet de passer un bon moment et le public sourit ou rigole de bon cœur, ce qui est quand même le but de cet ouvrage.

Italienne Alger isabella et mustafaConcernant l’orchestre, comme d’habitude, il a été à la hauteur de mes attentes, très beaux solos, sous la direction d’A. Fogliani qui connait cette partition sur le bout des doigts vu qu’il n’en avait pas devant lui… Beaucoup d’humour, de légèreté, mais également une précision millimétrée puisque chaque ensemble, chaque accélération furent parfaitement équilibrés et chez Rossini on le sait, la moindre erreur est fatale ! Il fut attentif à l’équilibre fosse et plateau… un excellent travail apprécié par le public à sa juste valeur. Le chœur du capitole réduit à ses membres masculins fut comme d’habitude irréprochable (et ils avaient de quoi être motivés…).

Italienne Alger taddeo isabella lindoro et mustafaEnfin les chanteurs, on avait ce soir une distribution qui pourrait être considérée comme une des meilleures possibles concernant les 4 rôles principaux. Le Haly de Aimery Lefèvre et la Zulma de Victoria Yarovaya furent très bons. L’Elvira de Gan-Ya Ben-gur Akselrod, si elle a commencé un peu en retrait, s’est ensuite bien rattrapée dans les ensembles. Le Taddeo de Joan Martin-Royo fut d’une drôlerie et d’une naïveté confondante. Il montre également une voix bien timbrée et une interprétation de ce rôle parfois sacrifié tout à fait convaincante, intéressante et à la hauteur des 3 rôles principaux.

En Pietro Spagnoli, Mustafa trouve un interprète magistral de ce personnage imbu de lui-même et arrogant qui se transforme en toutou d’Isabella. L’interprète, qui connait son rôle sur le bout des doigts, fait part d’une verve et d’un humour impressionnants, tout en étant parfaitement rompu au chant rossinien. Un des grands titulaires du rôle actuellement qui nous a offert, hier soir, un vrai feu d’artifice vocal. Le difficile rôle de Lindoro était tenu par Maxim Alvino-Mironov, lui aussi est un habitué de ce rôle est cela se voit, tout y est : la beauté du timbre, la clarté et la facilité des aigus, la tendresse et la souplesse du médium et une excellente agilité. Lui aussi est un grand spécialiste de Rossini et cela fait plaisir à entendre car tout parait si simple et si facile !

Enfin le rôle d’Isabella était tenu par l’excellentissime Marianna Pizzolato, elle aussi habitué à Rossini, à ce rôle (qu’elle vient de chanter à Turin) et également à son Lindoro puisqu’ils ont chanté plusieurs opéras ensemble (Donna del lago, Italienne à Alger, Voyage à reims,…). Elle y est superlative, le timbre profond et sensuel, les aigües lumineux. Les vocalises et autres effets rossiniens sont balayés avec une facilité confondante qu’ils font presque oublier qu’ils sont là. Non seulement la voix et la technique sont exceptionnelles, mais l’actrice est également superlative, car il faut bien le dire, sur scène, la différence entre ses rondeurs et la taille mannequin des filles à moitié nues pourraient être parfois gênantes, et puis ce costume de Catwoman… pas forcément facile à porter.  Et bien c’est elle qui finalement est la plus sensuelle et la plus aguichante, laissant la vulgarité aux autres filles. Elle joue son Isabella avec finesse et enthousiasme. On lui accorde sans problème cette écharpe de Miss Italie 2048 !Italienne Alger taddeo isabella et mustafa

Au final une soirée exceptionnelle sur le plan vocal (quelle équipe de chanteurs!!!) et musical, un peu moins exceptionnelle, mais tout de même sympathique pour cette mise en scène.